Rima Maroun, jeune laureate du prix Euromed

Lauréate du prix Euromed pour le dialogue entre les cultures 2008, Rima Maroun expose ses oeuvres primées à la villa Audi.

Les saisissantes images de la jeune lauréate du prix Euromed pour le dialogue entre les cultures 2008 peuplent donc l'espace architecturé de la villa Audi à partir de ce soir et jusqu'au 25 juin, sous l'égide de Délégation de la Commission européenne au Liban et la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures. Sur des panneaux de 1m x 80 cm, des murs et, au premier plan, des enfants, photographiés de dos. Rappelons que cette série, intitulée " Murmures " et primée il y a quelques mois, a été réalisée par Maroun en réaction à la guerre de juillet 2006 (voir L'Orient-Le Jour du 7/ 8/ 2008). Hantée par la violence des images véhiculées par les médias, et notamment celles montrant des enfants mutilés, l'artiste avait décidé de donner une autre vision du Sud-Liban, une représentation qui ne contiennent pas des murs abattus, écroulés, bombardés. Ou des enfants mutilés, déchiquetés, ensanglantés. Mais pourquoi les enfants de dos ? " Pour ne pas montrer leur regard d'adulte. " Elle explique : " L'incompréhension, le fort sentiment de menace ou de mort les a rendus subitement adultes. Ces enfants avaient un regard dur. Très dur. " Maroun a donc choisi de détourner ce regard qui n'était pas le leur dans des circonstances normales.

Les quatorze photos du projet ont été exposées à Paris, en Syrie, en Italie et dans plusieurs pays européens. Elles sont présentées pour la première fois au Liban et la jeune artiste espère qu'après Beyrouth, ces clichés puissent faire un peu le tour du pays.

Rima Maroun affirme, une fois de plus, vouloir souligner dans son oeuvre l'invitation au dialogue. " Ses " murs ne sont pas détruits, " ses " enfants pas punis. Même pris de dos, ces corps résistent. En parallèle à ces murs, Maroun présente une seconde collection d'images intitulée, a priori, " Passage ". Il s'agit, là aussi, de grands formats (1m x 1,80m) qui donnent à voir des paysages naturels superposés à des tentes. Ce montage, réalisé en diptyque, superpose les plaines verdoyantes du Sud-Liban ou les terrains arides du Nord, aux constructions précaires réalisées par l'opposition lors du sit-in dans le centre-ville. Partie de l'idée de réaliser des photos de paysages dans tout le Liban pour réfléchir sur la nature victime de violence ou de la menace écologique, Maroun a abouti à une réflexion sur l'appartenance à la terre et le rapport au territoire. " Globalement, le projet parle d'un état conflictuel prévalent sur la scène locale. La dualité du montage accentue l'interrogation sur ces couches successives qui se superposent en référence à ces évènements qui se sont succédé au coeur de la capitale. La tente est un élément fragile, passager, qui essaie de résister mais qui va être emporté par le vent et les évènements. Alors que la terre est un élément solide et stable ", explique l'artiste. C'est là un petit clin d'oeil à la fragilité de l'existence d'un côté et la pérennité de la terre de l'autre. Un constat. Pas de finalité et, surtout, pas d'engagement politique, insiste la photographe. Avec une telle vision, il est clair que les " Murmures " de Rima Maroun ne sont pas des chuchotements.

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